Un royaume en dérive, un conflit entre humains et sorciers et une disparition mystérieuse. Trouverez-vous votre place à Corona ?

 

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 PETER • Perdu d'avance. [FLASHBACK]

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MessageSujet: PETER • Perdu d'avance. [FLASHBACK]   Lun 26 Mar - 23:26

Perdu d'avance

Kaela  & Peter

506EME printemps , KAELA 18 ANS.

Un bruit de vaisselle brisée était venue tirer Kaela de ses songes alors qu'elle s'attelait à nettoyer une imposante robe qui appartenait à Madame. Les Fenenbach se disputaient de nouveau avec une violence qu'elle ne leur connaissait que trop bien. Le médecin hurlait, fou de rage, madame élevait sa voix cristalline, insupportable aux oreilles de la domestique. Ils ne cesseraient donc jamais de s'en prendre l'un à l'autre, songea Kaela qui frottait avec plus d'énergie à présent. Elle voulait vite quitter la buanderie, celle-ci se trouvait non loin du petit salon qui accueillait les cris des époux. La jolie rousse savait pertinemment qu'au moment où ils auraient terminés de se taper dessus, c'est vers elle qu'ils tourneraient leur colère. Sans doute recevrait-elle encore des coups de la part de Monsieur tandis que Madame la jaugerait d'un regard hautain et amer. Kaela n'était rien à ses yeux, seulement cette gamine incapable qu'on lui avait confié, à la naissance. Sa seule présence ne faisait que rappeler à Madame son incapacité à engendrer un enfant. La venue d'un nouveau né dans la famille Fenebach aurait sans doute atténué la rancœur que les époux entretenaient l'un envers l'autre, mais le sort s'était acharné sur Madame, elle ne fut capable que de mettre au monde des enfants morts-nés quand ces derniers arrivaient au terme de la grossesse... Kaela s'était, à force, demandé si un sorcier n'avait pas jeté un maléfice sur cette dame, jamais la jolie rousse n'avait réussit à prendre celle-ci en pitié, cependant, lorsqu'elle la vit pleurer sur ses défunts enfants, elle ne pouvait que se sentir attendrie. Des sentiments se cachaient donc sous la chape de chair et le cœur de pierre de Madame Fenenbach.

Le bruit s’atténua peu à peu, ce qui n'était pas pour rassurer la domestique. Le parquet craquait sous les pieds des époux, Kaela pouvait aisément imaginer le médecin faire les cent pas dans le petit salon sous les yeux amers et hautains de son affreuse épouse. Sans doute réfléchissait-il à comment soulager cette violence qui montait en lui-même. Il ne pouvait battre sa femme, le Docteur Fenenbach était un affreux bonhomme, mais battre son épouse n'était pas dans ses principes. Cependant, battre une domestique qui ne savait que difficilement enchaîner quelques mots sans erreur et ne connaissait personne n'était pas un problème. Monsieur arriva à cette conclusion au même moment que Kaela qui s'était déjà crispée avant d'entendre les pas se rapprocher de la buanderie. Ses mains se mirent à trembler alors que dans le creux de son estomac, une boule se formait. Prise d'une panique furieuse, elle rejeta la robe toute entière dans la bassine d'eau sale et froide dans laquelle étaient jusqu'alors plongées ses mains. Kaela se planta sur ses deux pieds, fixant la porte avec une expression de terreur. « Kaela... » commença le médecin qui venait d'entrer dans la petite pièce sombre, seulement éclairée par la flamme mourante d'une bougie. Sa voix était presque douce, suave, dans un autre contexte, elle aurait pu être attirante, protectrice, mais une profonde malice et un désir de violence s'y entendait, violente tempête  qui allait bientôt s'abattre sur la jeune fille. « Ne me...» balbutia-t-elle en reculant d'un pas, puis d'un autre. Elle tentait de mettre un peu plus de distance entre elle et cet homme qui la dominait par sa stature et sa hauteur impressionnante. Son visage froid et ridé posait un regard avide de sang sur la jolie rousse qui tremblait comme une feuille.

La main de Fenenbach se leva, prête à agresser le visage  de Kaela, déformé par la peur. Celle-ci, laissa son instinct de survie prendre le dessus. La fenêtre se trouvait juste à côté d'elle... Elle allait quitter la maison, elle le devait. Sans doute que le médecin en serait encore plus fou de rage, peut-être la tuerait-il au moment même où elle remettrait les pieds dans la demeure, mais à cet instant, Kaela était simplement incapable de prendre un nouveau coup sans fondre en larme et hurler à la mort. D'un mouvement agile, bien plus simple qu'elle ne l'aurait cru, elle esquiva le poing du médecin qui s'enfonça dans le mur juste derrière elle. Celui-ci poussa un juron avant de relever ses yeux noirs vers la gamine qui tentait de lui échapper. Ralentis par l'alcool, sûrement, il ne parvint cependant pas à l'empêcher de passer son corps frêle par la fenêtre. Le vent de cette nuit froide lui gela les entrailles, elle entendait le médecin hurler dans la buanderie, figée un instant, paniquée par sa propre initiative, la domestique ne vit qu'une seule solution pour échapper à son agresseur et employeur: courir.  Ses pieds nus heurtaient le sol pavé avec une telle violence qu'elle sentait régulièrement de petites plaies se créer sous ses talons, le froid la pénétrait de toute part, les bras serrés contre sa poitrine, Kaela se refusait à regarder derrière elle, persuadée que Fenebach devait la suivre. Elle courut si vite et si longtemps qu'elle finit par s'effondrer. Son corps était terriblement douloureux, et engourdis par le froid. Elle se força à avancer de nouveau, déchirant sa robe de souillon au niveau des genoux. Rien ne la protégeait du froid à présent et bien que les journées de ce 506eme printemps furent agréables, les nuits étaient toujours fraîches et accompagnée d'une brise glacée.

La lune était à son zénith, Kaela s'accorda un instant de répit : sa respiration était saccadée, ses poumons la brûlaient, ses pieds saignaient, ses muscles étaient contractés. Elle ne sut jamais d'où elle tira la force de se relever et d'avancer de nouveau, un pas plus lent, presque rétissant. Elle s'éloignait de la demeure sans espoir, c'était perdu d'avance, son maître ne tarderait pas à la rejoindre, d'un instant à l'autre, elle recevrait ce fameux poing qu'elle avait esquiver. D'un instant à l'autre, sa tête frapperait le sol et, peut-être, jamais ne s'en relèverait. Et pourtant, rien ne vint. Le médecin ne l'avait pas suivit. Kaela était seule dans la nuit noire. Il lui semblait distinguer au loin le doux bruissement de la mer, le vent portait une odeur salée qui lui chatouillait les narines. Sans doute était-elle parvenue jusqu'au port. La lune se reflétait  d'une magnifique façon sur l'eau calme qui entourait Corona. N'y tenant finalement plus, la domestique se laissa tomber sur un banc de pierre, en face de la mer. Son corps était secoué de multiples frissons, sa gorge était sèche, ses yeux humides. Les bras de Morphée virent pourtant l'entourer, la laissant à la merci de n'importe quel être mal intentionné.

Ce furent les premiers rayons du soleil qui réveillèrent Kaela. Un doux voile  de chaleur caressait son corps meurtrit, la jeune fille ouvrit une paupière, sentant un regard posé sur elle. La soirée de la veille lui revint en mémoire, elle avait affreusement peur d'affronter les yeux qui s'étaient posé sur elle. Appartenaient-ils au médecin ? Si tel était le cas, une douleur ne tarderait pas à le lui faire savoir. Pour l'heure, la jolie rousse se contenta de se crisper de nouveau, plongeant sa tête entre ses mains, se recroquevillant comme un nourrisson, si elle avait pu se fondre dans ce banc de pierre, elle l'aurait fait. Elle aurait aimé disparaître pour se soustraire à ce regard qu'elle se refusait définitivement à affronter.


Réservé.   - 1286  mots.


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MessageSujet: Re: PETER • Perdu d'avance. [FLASHBACK]   Mar 27 Mar - 22:18

soirée ratée.



« N'est-il pas doué ? » s'exclamait alors le père de Peter, entouré de plusieurs autres nobles, invités en cette charmante soirée dans le manoir où il vivait. Il était gêné, dérangé, insupporté de voir tant de mon "pénétrer" son chez lui sans même lui avoir demander l'autorisation, parce que oui, Peter avait eu comme cadeau cette maison. Un cadeau pour sa patience et sa compréhension envers son père. En réalité, Peter aurait voulu tant de fois l'envoyer paître bien plus loin mais c'était sa mère, à la porte de la mort, qui lui avait demandé de ne pas rechigner. Pour Peter, jouer du piano était devenu un rituel, chaque matins, chaque soirs. Mais bien sûr, il fallait qu'il impressionne toujours plus, ne jamais s'arrêter d'obtenir les faveurs de ce qui sont plus haut que soi, pour être à leurs côtés alors qu'ils peinent à prononcer votre nom de famille. « C'est toujours un plaisir d'entendre l'un d'entre nous jouer comme cela, un talent divin ! » L'un d'entre nous ? Un talent divin ? S'il pouvait comprendre qu'elle se référait à la classe sociale lors de cette intervention aussi inutile que sa présence, Peter ne comprenait pas comment elle pouvait parler de "talent divin", lui qui c'était entraîné si dur pour pouvoir jouer de la musique simplement pour que sa mère puisse l'entendre, sentait alors ses efforts partir en fumée, comme si cela était inné, qu'il n'avait pas répéter chaque morceau, encore et encore, pour que cela devienne parfait. Le jeune homme jeta un regard d'ultime détresse à son paternel, il voulait partir. « Et bien... Commençons notre somptueux repas ! » enchaîna son père, qui n'avait pas daigner le regarder une seule fois depuis la fin du morceau. Pour Peter, c'en était trop, il devait quitter la demeure mais fut forcé par les charognards présents, de rester jusqu'à qu'il ne reste plus rien à manger. Le repas s'éternisa encore et encore, si bien que le soleil n'allait pas tarder à pointer le bout de son nez, ils étaient finalement ivres morts, s'endormant sur leurs chaises qui ne pouvaient à peine supporter le poids, de leur physique ou de leur ego. Peter profita alors de cette occasion dorée, il se saisissait d'un voile soyeux et s'apprêtait à sortir dehors, habillé simplement même si cela ce voyait qu'il restait un noble.

Le soleil n'était toujours pas apparu, mais cela ne saurait tarder. Peter marcha un moment, il réfléchissait alors au sens de la vie : pourquoi certains étaient plus avantagés que d'autres ? Pourquoi les hommes avaient choisi quelqu'un pour les gouverner ? D'ailleurs, pourquoi ces élus avaient un droit de vie ou de mort sur ceux qui vivaient dans LEUR royaume. Et puis, accro au pouvoir, au lieu de le transmettre au plus compétent, il fallait le donner de générations en générations. Peter ne pensait pas forcément à mal de la famille royale mais des questions lui torturaient l'esprit bien qu'il préférait cette situation plutôt que de s'être endormi avec ceux dont il ne supportait pas la vue. Il pouvait alors contempler le palais au loin, il n'y avait été qu'une fois et l'expérience fut atroce. Il ne pouvait pas renier ses origines nobles et il savait que son père remuerait terre et ciel pour le retrouver s'il avait eu la moindre idée de fuir le pays, de toute façon, bien qu'il ne soit pas le plus connu de tous, le nom Yngerame résonnait quand même dans plusieurs pays alentours.

Peter atteignait enfin l'un de ses endroits favoris à Corona : le port. Le bruit des vagues était aussi relaxant que la vue des nuages, dans les deux cas, il lui suffisait seulement de s'allonger tranquillement sur un endroit confortable et de profiter de ce que la nature nous offrait de mieux. Cet endroit confortable, c'était un banc en pierre. Un banc en pierre, à l'oreille, semble classé dans les antithèses du mot confortable, mais croyez-le ou non, Peter avait trouvé une technique imparable pour s'installer confortablement sur CE banc en pierre précis. Il s'hâtait soudainement, songeant à l'idée du plaisir que pouvait lui provoquer cette douce mélodie et ce merveilleux spectacle. Mais l'impatience fit place à la surprise, son banc en pierre n'avait pas disparu, non, il avait été trouvé par quelqu'un... Une demoiselle s'il devait juger à la couverture, d'une crinière rousse tout aussi agréable à la vue qu'un somptueux nuage. D'ailleurs, s'il devait continuer à juger la couverture, il pouvait voir à quel point les vêtements de cette jeune femme étaient en mauvais état, elle semblait avoir passé la nuit, que Peter savait froide, ici, sans rien pour se couvrir. Bien qu'ils appartenaient à deux mondes différents, Peter ôta ce qui lui servait de protection contre le froid et le posa délicatement sur la demoiselle, apercevant au passage l'état de ses pieds si abîmé qu'il en eu mal pour elle. Il s'assura de poser délicatement la couverture à cet endroit pour éviter qu'une quelconque douleur vienne venir troubler son sommeil, il pris place sur le peu d'espace qu'il restait du banc et regarda longuement la mer.

Le soleil se leva, venant chatouiller la peau du noble, il regarda alors la pauvre jeune femme bouger. « Et bien et bien gente demoiselle, quelle étrange idée est-ce là de venir dormir sur un banc de pierre par une nuit si froide » commença-t-il, le sourire aux lèvres pour éviter un quelconque blocage pour son interlocutrice « Je pense que, comme moi, vous avez eu une soirée ratée. » reprenait-il sérieusement, conscient que les pieds de la jeune rousse n'étaient pas comme ça, de naissance.
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MessageSujet: Re: PETER • Perdu d'avance. [FLASHBACK]   Mar 27 Mar - 23:41

Perdu d'avance

Kaela  & Peter

506EME printemps , KAELA 18 ANS.


Kaela fermait ses yeux si fort qu'elle sentait ses tempes se comprimer. Elle priait pour que Fenenbach ne soit pas cette personne toute proche d'elle. La domestique priait n'importe quelle divinité qui voulait bien l'entendre, n'importe qui, n'importe où. Si elle avait pu prononcer cette même prière dans une autre langue, elle l'aurait sans doute fait. Mais là se trouvaient les limites de l'éducation que les Fenenbach lui avait accordé. Compter jusqu'à 100, parler d'une façon intelligible, mais pas forcément correcte. Ecrire était en dehors de ses capacités, quant au fait de lire... cela devait rester des ouvrages simples pour qu'elle soit capable de les décrypter. En somme, un vraie bonne à rien, capable de repriser, repasser, laver, cirer, cuisiner, mais rien qui ne nécessite pas ses mains mais bien sa tête. Elle n'était d'ailleurs pas particulièrement cultivée et les bases de la politesse s'arrêtaient au fait de vouvoyer tout les inconnus, sauf les domestiques -pour cela, encore fallait-il qu'elle repère un domestique, pire, qu'elle ait l'occasion d'en rencontrer un-. Car hormis sa propre présence, Kaela n'était pas vraiment entourée. Elle connaissait très peu de monde dans cette ville qui n'était pourtant pas petite. Sortir était prohibé. Qu’adviendra-t-il d'elle lorsqu'elle rentrerait à la demeure Fenenbach tout à l'heure? Bien que l'idée de ne pas y retourner lui eut traversé l’esprit, elle ne pouvait se le permettre. Sa présence au sein de la demeure du médecin bourgeois était nécessaire, elle remboursait la dette de son géniteur. Evidemment, la jeune femme n'avait rien à voir dans cette histoire, pourtant c'était à elle d'endosser le rôle de domestique pour ces affreux personnages afin de purger une peine qui ne lui était pas destinée. Elle n'avait pas la moindre idée de qui pouvait être son paternel, ni même de la famille à laquelle elle appartenait. Sûrement pas une famille noble...non. Les nobles ont de quoi rembourser leurs dettes. Pire, ils n'ont pas de dettes envers les bourgeois. Elle venait forcément d'une famille pauvre dans ce cas, telle était sa triste conclusion.

Le violent coup qu'elle s'attendait à recevoir ne vint pas. A la place, elle senti quelque chose se poser sur son corps frigorifié, une douce matière qui lui caressait délicatement la peau. Un parfum monta jusqu'à ses narines, elle ne réussit pas à empêcher celles-ci de remuer. Humant l'air plusieurs fois, ce parfum n'était pas désagréable, il avait quelque chose de réconfortant alors que le vêtement posé sur elle commençait à la réchauffer. Hésitante, elle resta les yeux clos un moment. Profitant simplement de la chaleur qui lui était offerte. Peut-être paraissait-elle endormie, à moins que la personne à ses côtés ne l'ait vu remuer, auquel cas, elle ne doutait pas du ridicule de ses manigances. Ce n'était visiblement pas le médecin, celui-ci n'aurait pas prit la peine d'une telle attention. Elle sentit finalement la personne s'asseoir sur le banc, là où il y avait encore un peu de place, mais trop peu pour que ce soit confortable. Serrant les poings, Kaela prit son courage à deux mains et remua quelque peu pour laisser plus d'espace sur le banc. « Et bien et bien gente demoiselle, commença une voix masculine à ses côtés, quelle étrange idée est-ce là de venir dormir sur un banc de pierre par une nuit si froide » La domestique se redressa et tourna son visage pour faire face à l'homme qui avait posé sa cape sur son corps. Elle ne sut quelle attitude adopter face à celui qui la gratifiait d'un doux sourire. Alors que le tissu tentait de se laisser choir sur le sol, la jolie rousse le rattrapa au vol avant de le placer de nouveau sur ses propres épaules. Elle prit le soin de cacher ses pieds abîmés sous sa robe de souillon, espérant sincèrement que le jeune homme ne les ait pas vu. Il était propre sur lui, habillé simplement mais avec de belles matières. Sans aucun doute que Kaela avait affaire à un bourgeois, peut-être même un noble. Un habitant lambda ne pouvait se permettre de porter de telles étoffes. Ses genoux pliés et ses tibias posés sur le banc de pierre lui faisait prendre les trois quarts de l'espace de celui-ci, sa position était peu agréable, la domestique se mouva de nouveau, finissant par s'installer en tailleur afin de libérer une bonne moitié de son lit de fortune. Elle ne pouvait s'empêcher de remuer, mal à l'aise. Du bout de ses doigts sales et abîmés par les travaux et le froid, elle touchait la belle matière qui lui couvrait les épaules, elle appréciait la sensation du tissu souple entre ses doigts, telle une caresse ou une plume. Madame Fenenbach portait parfois de belle étoffes de la sorte. « Je pense que, comme moi, vous avez eu une soirée ratée. » avait ajouté le jeune homme.

La domestique l'observa un instant, interdite. Les hommes de sa condition pouvaient-ils réellement prétendre à vivre de mauvaises soirées ?  En aucun cas, il ne pourrait comprendre la situation de Kaela. Leurs mondes étaient opposés, elle le savait. Elle pouvait même le sentir. Cet homme était délicatement parfumé, ou alors, il s'était lavé avec un savon de qualité. Il ne sentait ni la crasse, ni le charbon. Si le luxe avait une odeur, sans doute était-ce celle que dégageait cet homme. Il n'était pas désagréable à regarder, songea Kaela avant de baisser furieusement les yeux, consciente qu'elle l'avait dévisagé avec un peu trop d'insistance. « Je... » murmura-t-elle doucement avant de s'arrêter. Son visage était devenu cramoisie à mesure qu'elle cherchait ses mots. Que devait-elle faire? Exprimer sa gratitude, sans aucun doute, mais dans quel terme? « ...vous remercie. » acheva-t-elle finalement, peu convaincue par ses propres paroles. Sa voix était enrouée, saisi par l'émotion.

La domestique fut tentée de fuir la situation, de rendre la cape à ce gentilhomme et de retourner là où était sa place, mais alors qu'elle entamait un mouvement pour ôter le tissu de ses épaules, une brise légère vint lui arracher un frisson. Elle se ravisa, penaude, resserrant les pans de la cape plus proche de ses épaules, jusqu'à couvrir son cou et sa poitrine. Elle fixait le sol avec une étrange intensité, persuadée qu'il valait mieux éviter le regard de l'inconnu. Se moquait-il d'elle? Lui qui vivait dans le luxe devait trouver drôle une jeune femme ainsi paniquée sur un banc. Kaela se risqua cependant à le questionner, afin de passer le temps mais surtout parce qu'elle était curieuse de connaitre un peu plus de détail sur la vie d'un homme de sa condition. Quelle que soit la condition en question.  « Vous avez passé une mauvaise soirée? »

Elle fronça les sourcils, persuadée qu'elle était absolument ridicule. Ses mains se mirent à trembler, elle n'aimait pas parler aux autres. Elle se sentait terriblement idiote, elle était âgée de 18 ans et s'exprimait encore comme une enfant des rues. Après tout, c'était un peu ce qu'elle était. Certes, elle vivait dans une demeure qui était loin d'être modeste, mais  le luxe auquel ses maîtres avaient le droit ne lui était pas autorisé. Elle couchait sur un matelas abîmé et poussiéreux  et ses affaires étaient dans un état semblable. « Je-Je ne voulais vous importuner.. » reprit-elle en se levant. Le simple fait de poser le pied sur le sol lui arracha une grimace de douleur mais Kaela s'empressa d'effacer cette expression de son visage, tentant d'afficher toute sa gratitude. Elle s'inclina comme elle avait vu de nombreuses personnes le faire devant les êtres importants. « Je vous laisse le banc, je suis désolée de vous l'avoir emprunté. » La tête baissé, elle resta plantée là à attendre qu'on lui dise de se redresser. Tels étaient les coutumes, n'est-ce pas? Elle n'en était pas vraiment certaine...




Réservé.   -  1372 mots.


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