Un royaume en dérive, un conflit entre humains et sorciers et une disparition mystérieuse. Trouverez-vous votre place à Corona ?

 

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 Au détour de la rivière

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MessageSujet: Au détour de la rivière   Dim 29 Oct - 16:42

J'avais senti venir le coup avant même qu'il ne se mette à piaffer. En huit ans, nous avions appris à nous connaître et à anticiper la moindre de nos réactions. C'était un tout petit coup, juste histoire de marquer son désaccord, mais un coup quand-même.  

« Arion ! »

L'animal me répondit d'un hennissement agacé. Fichu canasson ! Cela faisait à peine une demi-heure que nous avions quitté le manoir sous un soleil éclatant.... qui avait subitement disparu derrière d'affreux nuages gris. Aussi enthousiaste qu'était mon compagnon à quatre pattes au début de notre balade, il n'avait désormais plus qu'une envie : galoper jusqu'aux écuries avant que la pluie ne vienne tremper son beau pelage gris.

« Espèce de snob ! » pestais-je. « Serais-tu devenu pendant la nuit un pauvre petit poulain fragile prêt à mourir à la moindre goutte ? »

Nouveau hennissement mécontent. C'était bien ce qu'il me semblait.... D'une simple pression de flan, je lui ordonnais de repartir en direction des bois. Il accéléra aussitôt en comprenant qu'il avait obtenu gain de cause.... en quelques sortes.
Si je n'étais pas d'humeur à piquer un galop jusqu'au manoir, j'acceptais toutefois de rentrer en effectuant un petit détour par la rivière. Le chemin qui longeait le cours d'eau était des plus charmants - l'un de mes préférés à vrai dire - et il était hanté de souvenirs. Des bons, comme des moins bons. C'était la raison pour laquelle je l'avais délaissé quelques années, avant de finalement y revenir comme un papillon irrémédiablement attiré par la lumière. J'aimais les arbres qui bordaient le sentier, les courbes de leurs longues branches graciles et les rochers moussus qui siégeaient à leurs pieds depuis des centaines d'années, tels de fidèles gardes incorruptibles. J'aimais le craquement de la glace en hiver et le coulis de l'eau le reste de l'année. J'aimais la présence secrète de tous ces petits animaux qui se trahissaient en glissant bruyamment dans un fourré, en sautant d'une branche à l'autre ou en coupant parfois la route à mon cheval. Toutes ces petites choses en apparence si banales qui faisaient de ce lieu en endroit unique. Magique. Mon havre de paix.
Je pressais doucement les rênes pour faire ralentir Arion, toujours aussi déterminé à rentrer avant la pluie. Il se remit à piaffer mais accepta de ralentir pour me laisser le loisir d'admirer encore une fois la rivière et ses berges. J'en connaissais chaque relief à force de la longer ; ces pierres, ces barrages de branchages, ces silhou.... ces silhouettes ?

Arion s'arrêta à la seconde où il me sentit redressé dans ma selle. Ce ne pouvait être... et pourtant.... J'ordonnais à mon cheval d'approcher au petit trot puis sautais à terre. Une femme. Le visage dans l'eau. Morte ? Je sentis l'inquiétude me gagner à mesure que j'approchais, en courant cette fois-ci. Si dans d'autres circonstances je me serais offusqué de trouver une inconnue ici, sur mes terres et plus particulièrement dans mon havre de paix, j'étais beaucoup trop préoccupé par son état de santé au moment présent.

« Fräulein ? »

Je me penchais sur la jeune femme dont je ne distinguais pas le visage, couvert par d'épais cheveux noirs humides. Elle ne m'offrit pas la moindre réponse. Dire que ce n'était pas très encourageant aurait été un incroyable euphémisme. Par tous les saints ! Il était hors de question que qui que ce soit, une jeune femme qui plus est, meurt sur mes terres ! Pas en ma présence. Sans réfléchir une seconde de plus, je glissais un bras sous sa nuque, l'autre sous ses cuisses et la soulevais. D'un claquement de langue, j'ordonnais à Arion d'approcher. Fut-ce ce bruit qui la fit réagir ? Quoiqu'il en soit, je sentis la demoiselle remuer contre moi.

« Fräulein ? » répétais-je en la reposant par terre, sur la berge sèche. « Pouvez-vous parler ? Bouger ? »

Je résistais à l'envie d'écarter les cheveux qui collaient à son visage pour mieux l'observer. Je risquai de l'effrayer et pour l'instant j'avais besoin qu'elle reprenne conscience, pas qu'elle s'affole et qu'elle s'évanouisse à nouveau.
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière   Dim 29 Oct - 17:52

Au détour de la rivière
Alfons & Eidel

Elle les a entendus arriver avant même qu’ils ne sortent de la végétation. Elle n’avait rien demandé à personne, voulait juste passer son après-midi à sa cueillette pour pouvoir terminer les quelques onguents qu’on lui avait commandés. Cela faisait quelques jours déjà qu’Eidel se sentait nerveuse, elle n’aurait su dire pourquoi mais elle avait la désagréable impression d’être observée. En permanence. Bien évidemment, elle avait essayé de se faire entendre raison, elle devait juste imaginer des choses. La sorcière a toujours eu une imagination débordante ! Elle était la reine pour inventer des histoires, étant gamine. Peut-être les autres jours, oui. Mais pas aujourd’hui. Elle a entendu les craquements des feuilles mortes sous leurs semelles, a entraperçu l’éclat d’une lame entre deux feuilles. Alors qu’elle aurait voulu prendre ses jambes à son cou, elle reste là, plantée sur le sol avec une boule au ventre. Son coeur bat tellement fort qu’elle en est presque sourde, sa poitrine se soulève dans d’amples mouvements. Elle est littéralement pétrifiée par la peur. Eidel les reconnait, ces yeux verts froids et féroces. Elle tremble à chaque fois qu’elle les croise, rentre sa tête entre ses épaules et serre ses poings.

« Cette fois, tu es toute seule, ta chienne de mère ne pourra rien faire pour te sauver. »

La nausée. Eidel a toujours la nausée quand on parle ainsi de sa mère, quand on l’insulte si injustement. La dernière fois qu’ils ont été aussi proches, c’était dix ans plus tôt, par une froide nuit d’hiver. Liebe l’avait jetée hors de la maison pour lui offrir une chance de vivre tandis qu’elle choisissait de mourir. La voix de sa mère résonne dans son crâne, lui hurle de courir aussi vite qu’elle le peut et loin. La main d’Eidel entre en contact avec le tronc de l’arbre à côté d’elle et, sans prévenir, une des racines sort de sous terre pour venir faucher les jambes des trois hommes afin de les faire tomber sur le sol. Et elle court. Elle court aussi vite qu’il y a dix ans mais cette fois-ci, sa mère n’est pas là pour lui donner de l’avance et ils sont plus enragés que jamais. Oh comme elle aurait pu user de sa magie pour se débarrasser de ses assaillants ! C’eut été si facile. Sauf qu’elle a promis, promis qu’elle n’userait jamais de ses pouvoirs pour faire de mal à qui que ce soit. Même à l’assassin de sa propre mère. La sorcière n’a qu’une seule promesse.

Ils sont juste derrière et elle est à bout de souffle. Pas de doutes qu’ils sont prêts à la poursuivre jusqu’à lui mettre la main dessus. Elle débouche brusquement sur la rivière, au niveau de la cascade et bat des bras pour éviter de basculer dans l’eau tumultueuse. Eidel fait volte-face, se sent comme un animal traqué, pris au piège. Ils sont là avec leurs couteaux, une odeur particulière titille le nez de la jeune femme : celle de l’anis étoilée. Que veulent-ils faire d’elle ? Bien des possibilités passent par la tête de la brune et aucune ne lui convient. Ils font un pas de plus vers elle, ses talons sont au bord du vide.

« Ca irait plus vite si tu te laissais faire, tu sais. »

Se laisser faire ? Capituler ? Eidel se mord les lèvres jusqu’à sentir le goût amer du sang envahir son palais. Ce serait foutre en l’air le sacrifice de sa mère. Répliquer ? Ce serait tirer un trait sur son serment. Elle n’a qu’une chose à faire. L’apothicaire prend une profonde inspiration, ferme ses paupières et se laisse tomber en arrière. La chute lui semble interminable, la douleur violent lorsque son corps vient heurter l’eau agitée. Elle est chahutée, roulée sur le sol rocheux du fond de la rivière. Eidel a beau se débattre, elle ne parvient pas à lutter contre les remous incessants qui transforment son corps en une stupide poupée de chiffon. Ca la rassure un peu, elle préfère mourir noyée plutôt que de donner le plaisir à ces rustres de l’exécuter ou qu’importe ce qu’ils voulaient faire d’elle.

Son corps finit par être rejeté par la rivière apaisée, il s’échoue sur une berge mais Eidel n’est plus là. Plus vraiment. Tout est juste noir, douloureux. Si c’est cela la mort, ce n’est vraiment pas plaisant ! Elle s’attendait à quelque chose de plus… De moi… Non, elle ne sait pas. Mais pas ça. Pourquoi est-elle encore chahutée ? N’en a-t-elle pas eu assez ? L’eau encore bloquée dans ses poumons est expulsée dans une violente toux. Quelqu’un la tient. Ses yeux s’ouvrent brusquement mais ceux-ci sont obstrués par ses épaisses boucles brunes. Elle ne sait pas si elle a réellement envie de voir qui la tient. Et si c’était l’un d’entre eux ? Si c’était le cas, qu’attend-t-il pour enfoncer sa lame dans sa poitrine ? Une voix lui parvient, étouffée, lointaine. On la dépose à nouveau sur le sol et ses jambes peinent un peu à la maintenir debout. La main droite d’Eidel se glisse contre ses côtes douloureuses tandis que l’autre vient essuyer le sang qui coule le long de sa joue. Elle ne répond pas, pas encore. Il lui faut encore reprendre son souffle qui est difficile, douloureux.

« Où suis-je ? » Murmure-t-elle plus elle-même.

Sa tête se redresse, elle dégage ses cheveux de devant son visage afin de pouvoir y voir mieux. Ses grands yeux bruns tombent sur un visage inconnu et par réflexe, la jeune femme a un mouvement de recul. La Purge lui a appris à se méfier des inconnus… De tout le monde. Eidel regarde autour d’elle avec l’espoir de reconnaître le lieu où elle se trouve mais l’endroit ne lui dit rien. Où a-t-elle pu atterrir ? La panique monte en flèche, son coeur se remet à battre comme un forcené dans sa cage thoracique et la douleur à ses côtes devient insupportable. Des petits points noirs dansent devant ses yeux, viennent obstruer sa vision mais elle reste debout.

« Puis-je vous demander où je me trouve ? Je ne crois pas reconnaitre cet endroit. »
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière   Jeu 2 Nov - 19:22

En bon gentleman que j'étais, je n'avais évidemment pas relâché la jeune femme. Je devinais son équilibre incertain et je gardais donc une main posée au milieu de son dos, prêt à la soulever de nouveau au besoin. Arion n'était qu'à quelques pas et s'il fallait la déposer sur son dos pour galoper jusqu'au manoir et faire venir un docteur, ainsi en irait-il. D'ailleurs, je commençais à penser que cette alternative serait inévitable, qu'elle retrouve la parole ou pas. Sa peau était extrêmement pâle, presque aussi blanche que les premières neiges, et un maigre filet de sang coulait sur sa joue. Je l'essuyais d'un geste qui se voulait doux. Rassurant. Elle redressa la tête puis leva un bras pour écarter les cheveux noirs qui masquaient son visage, révélant.... Malédictions !

Je reculais en même temps qu'elle, aussi effrayé par elle qu'elle par moi. Ces traits... ce regard... je les avais reconnus à la seconde même où ses doigts avaient écarté sa chevelure. Parce que je les connaissais par coeur. Parce que jamais au grand jamais je ne les avais ni ne pourrais les oublier. Ils avaient été mon rêve, mon fantasme puis mon cauchemar pendant tant d'années, hantant mes jours et mes nuits. Comment pouvaient-ils ressurgir soudain devant moi, là, sans prévenir, sur la tête d'une inconnue ?

« Sorcellerie ! »

Mais ça ne pouvait être réel... non, ça ne l'était pas. D'abord elle était brune, pas rousse. " Mais ça peut-être une tromperie " chuchota une voix dans mon cerveau. " Tout comme son arrivée ici, sur tes terres. " Oui. Bien sûr.... " Une tromperie qui a faillit lui coûter la vie et la laisser morte dans la rivière. " tentais-je de me raisonner sans cesser de fixer la jouvencelle d'un air incertain. Perdu. Terrifié. Contre toute logique, je m'accrochais fermement à cette peur, conscient qu'une vague de haine dévasterait mon esprit à la seconde où je cesserai d'être occupé à avoir peur. Or je ne pouvais pas me le permettre. Jamais plus je ne devais faire preuve de faiblesse à cause de cette sorcière. J'avais déjà trop donné, fait trop d'erreurs, et condamner une innocente déjà mal en point pour sa ressemblance avec Liebe aurait état offrir une nouvelle victoire à la femme qui avait détruit ma vie. Et puis après tout, lui ressemblait-elle vraiment ? N'était-ce pas mon esprit qui me jouait des tours ? Un dernier vestige de magie qui s'éveillait aux abords de la rivière où j'avais partagé d'heureux souvenirs avec la sorcière ? Une dernière torture qu'elle m'infligeait malgré le temps et la distance.

Je sentis soudain une présence derrière mon dos et me retournais une seconde pour voir Arion approcher. Mon regard se reposa aussitôt sur la jeune femme que je ne souhaitais pas quitter des yeux. Aussi désireux que je sois de lui laisser une chance, je ne pouvais lui faire confiance. Pas encore. J'attrapais les rênes de mon cheval qui, sentant ma défiance, avait décidé de s'inviter dans notre petit aparté en soufflant d'un air menaçant. Il racla le sol de son sabot antérieur droit et je lui flattai aussitôt l'encolure en lui murmurant un « Calme, là. ».

Ainsi elle prétendait ne pas savoir où elle était ? Devais-je la croire ? Avait-elle vraiment été emportée par les flots ou était-elle venue se coucher là en attendant que je la trouve ? " Sorcellerie. " chuchota à nouveau la voix au fond de mon crâne. Je me forçais à la chasser en fronçant les sourcils.

« Qui êtes-vous et comment être vous arrivée là ? » demandais-je d'un ton aussi froid que l'eau de la rivière.

Lorsqu'elle fit mine d'ouvrir la bouche pour répondre, je l'interrompais soudain pour préciser :

« Pas de mensonge, j'ai le pouvoir de vérifier le moindre de vos propos. »

Ce qui était plus ou moins vrai... en payant les bonnes personnes, j'avais effectivement le pouvoir d'être très bien renseigné.

« Haselrieder. Ce nom vous dit quelque chose ? »

Il y avait de fortes chances que ce soit le cas. Ainsi saurait-t-elle que je n'étais pas un homme avec qui plaisanter.
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière   Jeu 2 Nov - 20:29

Au détour de la rivière
Alfons & Eidel

Ce mouvement de recul, ils l’ont tout deux, au même moment. Pour différente raison mais ils ont ce réflexe de s’éloigner l’un de l’autre. L’une par peur et l’autre… Par stupeur ? Serait-ce ce qu’Eidel parvient à lire dans les yeux de son sauveur ? Elle ne saurait en être parfaitement sûre. Les réactions humaines lui échappent bien souvent tout comme leur logique. Mais ce mot qui lui échappe, à l'homme... Il lui serre l’estomac, renforce la sensation de malaise qui a envahi la petite brune. Cela se voit-il sur son visage que c’est une sorcière ? C’est idiot ! Rien ne peut la différencier d’une autre femme… Ou pas qu’elle le sache. Tant de confusion. De peur, aussi. Il lui est impossible de se débarrasser de cette terreur qui tétanise encore un peu ses membres, qui s’amplifie face à la froideur de la voix de l’étranger.

« Je… »

On l’interrompt, Eidel se retrouve plus confuse que jamais. Elle n’aime pas se sentir ainsi pressée, sentant que ce qu’elle pourra dire risque d’être retourné contre elle, déformé ou que sait-elle encore. Puis cela la frustre qu’on puisse croire qu’elle soit capable de mentir. De sa vie, la sorcière n’a jamais proféré un seul mensonge, elle fait toujours preuve de franchise et on prend souvent ça pour de la naïveté, de la candeur. Elle est juste comme ça. Ses doigts entortillent un pan de sa jupe mouillée et déchirée, le regard de l’homme l’intimide.

« Je m’appelle Eidel, je… Je puis vous assurer que je suis arrivée ici par accident. Des hommes du villages voulaient… Elle réfléchit, se demande si elle doit tout dire de but en blanc ou essayer de faire preuve de tact comme le lui répète si souvent Lena. Ils voulaient m’exécuter sommairement à l’aide de fourches. »

Rien que d’y penser, des frissons parcourent tout le corps de la jeune femme. Dire qu’elle n’est pas passée bien loin de finir comme sa pauvre mère… Comment pourra-t-elle s’approcher du village après ça ? Peut-être la croient-ils morte noyée.. C’est sûrement préférable mais ils finiront bien par découvrir la vérité. Elle secoue doucement sa tête pour chasser ces vilaines pensées de son esprit et reprend le fil de ses explications.

« J’ai essayé de leur échapper mais je me suis retrouvée prise au piège entre la cascade et eux… J’ai préféré sauter plutôt que de leur donner satisfaction. »

Va-t-il la croire ? Eidel n’en sait rien, elle n’a pas la capacité de lire les esprits et elle en est bien contente, les gens sont trop compliqués à son goût et fort probable que leurs pensées le soient tout autant. Elle se mordille les lèvres, se sentant toujours aussi nerveuse.

« Haselrieder, répète-t-elle en fronçant ses sourcils. Je m’excuse mais votre nom ne me dit rien, je ne crois pas que nous nous soyons déjà rencontrés. »

Ses grands yeux bruns observent un peu plus attentivement le visage de l’homme et rien en lui ne lui rappelle quoi que ce soit. Après tout, elle aurait très bien pu l’avoir croisé bien des années plus tôt sauf qu’elle est persuadée que c’est leur première rencontre tandis que lui… Elle n’a pas cette impression de déjà-vu comme c’était le cas avec son oncle. Si vingt-cinq années s’étaient écoulées entre sa dernière rencontre et ses retrouvailles avec Faustus, elle sentait qu’au fond d’elle, elle connaissait le sorcier. Pas avec l’étranger. Comment pouvait-il donner cette sensation que lui semblait la connaître alors que ce n’était pas le cas d’Eidel ? Une pensée lui traverse l’esprit, et si…

« Mais… Peut-être connaissiez-vous ma mère, Liebe ? Il paraitrait que nous nous ressemblons… Même si je ne trouve pas réellement. »

Et pourtant, si Eidel est bien incapable de voir ses ressemblances avec sa mère, elles sont là. Aux yeux de la sorcière, il est impossible qu’elle puisse égaler ou ne serait-ce que de se rapprocher de celle en qui elle n’arrivait pas à trouver un seul défaut. Quand bien même Liebe en était pourvue, comme n'importe quelle personne. L'amour de la fille pour la mère a toujours été aveuglant.

« Etiez-vous un ami de ma mère ? … Ou… »

La jeune femme se recule un peu plus de lui. Qui dit qu’il ne voulait pas faire brûler sa mère ? Qui dit qu’il n’est pas une personne qui voulait lui nuire ? Son ton s’est étrangement durci après avoir vu le visage de la sorcière et qu’a-t-il dit en le découvrant ? … Sorcellerie ? D’un geste légèrement empli de panique, la petite brune regarde autour d’elle dans l’espoir de trouver un échappatoire. Courir ne servirait à rien, à cheval, il la rattrapera bien vite. Se jeter à nouveau dans la rivière. Pourquoi faut-il qu’elle se sente encore une fois prise au piège ?
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière   Sam 4 Nov - 12:41

L'exécuter sommairement ? Pourquoi ?  " Tu sais pourquoi. " Il n'y avait qu'une seule raison pour laquelle les gens d'ici voulaient en exécuter d'autres. " Sorcellerie ! " Je la détaillais une nouvelle fois de la tête aux pieds.... nus. Finalement, peut-être qu'elle n'avait pas perdus ses chaussures dans la rivière.... peut-être n'en avait-elle jamais eu ? Était-elle l'une de ces illuminés qui vivaient de fruits et d'eau fraîche au beau milieu de la forêt ? Non. Pas une illuminée : une sorcière. Cette certitude me gagnait au fur et à mesure qu'elle me racontait son aventure. Il fallait bien être une magicienne pour survivre à une chute dans la cascade. Surtout quand était aussi frêle et fragile. Elle aurait dû se briser en deux, mourir noyée, mais non ; elle était là parce que sa magie l'avait sauvée.

Je reculais à nouveau, indécis. Il était indéniable que mon aversion pour les sorciers - et plus particulièrement les représentantes féminines de cette espèce - était réelle mais j'avais des occupations plus importantes que la chasse aux sorcières et jamais encore je n'en avais attaqué une. Qu'étais-je censé faire ? La chasser ? La rosser ? La laisser partir après un simple avertissement ? Si seulement j'avais écouté Arion elle serait morte dans la rivière sans que je n'ai besoin d'intervenir. Dommage ! Cependant je l'avais tirée de l'eau et elle était là, bien vivante, me narguant de son incroyable ressemblance avec ....

« Mais… Peut-être connaissiez-vous ma mère, Liebe ? »

Liebe. Liebe.... Cette fois-ci ce n'était pas une illusion ! Non, je n'avais pas halluciné, elle avait bien prononcé son nom : Liebe. Sa mère. Sa fille. Liebe. Revenue du passé sous les traits de son enfant, aussi brune qu'elle était rousse, aussi charmante qu'elle était belle et aussi sournoise qu'elle était manipulatrice, à coup sûr. Liebe. Sa fille m'avait attiré ici intentionnellement, probablement pour me capturer à son tour dans ses filets. Ou peut-être pour contempler l’œuvre de sa mère ? Pour s'en repaître et s'en inspirer avant de l'infliger à un autre ? Je n'aurais su le dire. Ma seule certitude était qu'elle était aussi dangereuse que sa démone de génitrice. Liebe. Elle qui m'avait ensorcelé, qui s'était emparé de mon esprit, qui avait joué de mes sentiments pour mieux me briser le cœur et se repaître de ma souffrance. La raison aurait dû me pousser à fuir au plus vite mais de raison, je n'en n'avais plus. Car ce que j'avais tant redouté était finalement arrivé : chassé par de vents violents, la peur avait fait place à une rage implacable. Pour tous ces mois où je l'avais cherchée, pour toutes ces années où je l'avais pleuré, pour toute cette douleur que j'avais enduré, je brûlais. Je me devinais incapable de réfléchir, incapable de ressentir, incapable de voir autre chose que cette fureur qui m'aveuglait. La fille de Liebe était là, à portée de main, et pour la première fois j'avais le pouvoir d'enterrer toute cette histoire. Littéralement peut-être....

« Oh oui. » je m'entendis rétorquer d'une voix caverneuse. « J'ai connu Liebe. »

Prononcer son nom m'irrita la gorge. Que cela soit aussi douloureux après tant d'années était incroyablement rageant ! Arriverais-je jamais à lui rendre un dixième du malheur qu'elle m'avait infligé ? ... soudain, une délicieuse idée fleurit dans mon esprit. Oui.... peut-être que je tenais ma vengeance finalement. Si elle tenait ne serait-ce qu'un tout petit peu à sa sorcière de fille, lui enlever serait une revanche à juste mesure. La prendre en otage, lui faire miroiter d'émouvantes retrouvailles et finalement me débarrasser de la jeune femme dans le feu ou dans le sang pour briser mon ancienne amante. La mettre plus bas que terre. La détruire comme elle m'avait détruit.  
Je me forçais à prendre une grande inspiration, à me dérider un peu et à .... sourire. Je devinais qu'il était légèrement crispé mais dans l'état actuel des choses, je ne pouvais guère faire mieux.  

« J'ai connu Liebe. » répétais-je. d'une voix moins froide. « Il y a longtemps. Nous étions... nous étions très proches. » Du moins était-ce ce que j'avais naïvement cru. « Et nous nous sommes... soudainement perdus de vue. J'ignorais qu'elle avait une fille. »

J'esquissais un nouveau sourire avant de lui tendre la main.

« Puis-je vous offrir mon assistance, en l'honneur de cette ... vieille amitié ? Puis-je vous proposer de m'accompagner au manoir pour vous réchauffer et choisir des vêtements secs ? Je pourrais ainsi vous raconter dans quelles circonstances j'ai connu votre mère. »

Et si elle refusait.... si elle refusait je procéderai par la force. Rien - absolument rien ! - ne m'empêcherait de la ramener et d'en faire ma captive, pour mieux détruire cette famille qui ne méritait que de disparaître dans les flammes.
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière   Dim 5 Nov - 13:31

Au détour de la rivière
Alfons & Eidel

Très proches. Pourtant, jamais Liebe n’a évoqué son nom devant sa fille. Mais est-ce que cela peut signifier quoi que ce soit surtout venant de sa mère ? Non. Liebe a toujours été secrète sur son passé, n’évoquant jamais son enfance ou sa jeunesse avant la naissance d’Eidel. La brune se rend compte qu’elle ne connait presque rien de sa mère à part ce qu’elle consentait à raconter ou ce que son oncle lui a révélé. Pas grand-chose, en toute somme.
Qu’entend-t-il par là ? Est-ce une bonne chose ? Eidel a beau avoir du mal à comprendre les êtres humains, elle pet néanmoins remarquer le sourire crispé, loin d’être naturel.

« Je ferais sûrement mieux de rentrer, je ne voudrais pas vous poser le moindre problème… »

Autant être honnête, l’inconnu n’inspire pas confiance à la sorcière, la voix de la raison lui hurle de partir aussi vite qu’elle le pourra. Trop de détails s’accumulent contre lui pour qu’il puisse être digne de confiance et ce n’est pas parce qu’il était un ami de sa défunte mère que cela change quoi que ce soit. Les gens du village aussi, n’étaient pas hostiles face aux deux sorcières et ils leur offraient des sourires jusqu’au soir de la Purge où ils ont si brusquement changé leurs sourires contres des grimaces de fureur. Sûrement ne ment-il pas, Liebe et lui ont pu être des amis par le passé mais aujourd’hui ? Il faut partir, Eidel. Voilà ce que continue de souffler une lointaine voix dans son esprit, elle est de plus en plus étouffée par la curiosité grandissante de la petite brune. Elle a toujours voulu en savoir plus sur le passé de sa mère, celui dont elle ne voulait jamais parler. Liebe lui répétait sans arrêt qu’il fallait vivre dans le moment présent, que le passé ne valait pas la peine d’être retourné. Mais là, après avoir retrouvé Faustus et de se retrouver en face de cet homme prétendant avoir été très proche de sa mère, Eidel a des doutes sur le discours de cette dernière. Et si elle avait fuit ces temps révolus pour une raison bien précise ? Se pourrait-il que la vie de Liebe était pavée de regrets et d’erreurs ? Impossible de réellement savoir et c’en est frustrant.

« Mais que dirait maman si elle savait que j’ai refusé de l’aide venant d’un de ses… D’une de ses connaissances ? Puis je ne vais pas nier que je suis curieuse de savoir comment vous avez rencontré ma mère. »

Eidel esquisse un petit sourire. Elle sait au fond d’elle que ce n’est probablement pas une bonne idée que de le suivre mais qu’importe ! Que pourrait-il bien lui arriver de grave ? Beaucoup de choses. S’il n’a pas l’air de porter les sorciers dans son coeur, rien ne peut dire à Eidel à quel point c’est le cas. … Il ne va tout de même pas… La sorcière chasse les pensées négatives qui se pressent dans son esprit, elles ne font que renforcer la peur qui étreint son être et qu’elle doit se forcer à refouler. Dix ans plus tôt, elle n’aurait pas eu toutes ces idées morbides, ne se serait même pas posé de questions sur les intentions de son sauveur. Elle était naïve, ne pensait pas qu’on pouvait être capable de haïr ou faire du mal à qui que ce soit pour ce qu’il est. Humain ou sorcier. La Purge a tout changé et ce irrémédiablement. Une légère inspiration, Eidel tend son bras pour venir poser sa main sur celle d’Haselrieder. Impossible de faire demi-tour, maintenant. Elle saura bien vite si elle a bien fait de le suivre ou si elle aurait dû écouter sa raison.

« Jusqu’où s’étend votre domaine ? Je ne savais même pas qu’il y en avait un jusqu’à aujourd’hui… Maman n’a jamais voulu que j’aille plus loin que la cascade étant enfant et je n’ai jamais eu idée de le faire même après… Même après que je sois devenue une adulte. »

Elle était à deux doigts d’évoquer la mort de sa mère mais elle a préféré se taire. Elle ignore si c’est une bonne idée de l’annoncer maintenant, elle ne voudrait pas que les réponses à ses questions lui échappent pour une idiotie ! Pas question de mentir pour autant mais adopter la stratégie de sa mère, trouver une autre façon de dire et détourner le sujet. Oh oui, Liebe était très douée pour changer le sujet d’une conversation qui ne lui convenait pas.

« Vous m’avez dit votre nom de famille mais je ne crois pas me rappeler de votre prénom… »

Essayer de faire la conversation, juste pour éviter de penser à l’appréhension qui l’habite. Au-dessus de leurs têtes, le ciel s’est fait bien plus sombre, presque noir. Comme si il essayait de mettre en garde la sorcière. Trop tard, pense-t-elle, elle ira jusqu’au bout et qu’importe les conséquences.
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière   Mer 29 Nov - 20:35

Je dû faire preuve d'une incroyable volonté pour retenir le sourire victorieux qui menaçait de me trahir au moment où elle posait sa main dans la mienne. Enfin ! Sentant les commissures de mes lèvres frémir, je m'empressai de transformer mon rictus en un sourire cordial. Innocent. Insoupçonnable.

« Je serai ravi de vous raconter notre rencontre en détails lorsque vous serez au chaud. »

Et prisonnière de mon manoir. Mais pour en arriver là, je devrais faire preuve de patience. Refrénant furieusement mon envie de la balancer sur mon épaule et de rentrer au triple galop, j'attrapai les rênes d'Arion pour marcher tranquillement aux côtés de la sorcière. Elle observait les alentours avec une curiosité qui semblait sincère. Sa mère ne lui avait-elle donc jamais parlé de cet endroit ? Je trouvais ça étrangement blessant... mais pas étonnant dans la mesure où elle n'avait visiblement jamais parlé de moi non plus. Comme si je n'avais jamais existé. Je ravalais douloureusement ces pensées pour me concentrer sur les questions de la jeune femme.

« Quel dommage » rétorquais-je aimablement. « Si vous vous étiez aventurée par ici plus tôt vous auriez pu profiter de belles balades. Ce domaine s'étend du pont qui surplombe la rivière quelques kilomètres plus bas jusqu'aux premiers champs qui longent Corona. Peut-être avez-vous déjà aperçu le haut d'une tour en flan de colline par beau temps ? C'est le manoir familial qu'a fait construire mon arrière grand-père. » lui annonçais-je avec une fierté. « C'est là où je vous emmène. »

Et le plus vite serait le mieux. Pas seulement parce que j'étais pressé de l'enfermer dans la dite tour mais aussi parce qu'à la vitesse à laquelle les nuages noirs avançaient, nous serions trempés avant même d'être sortis des bois. Le plus simple aurait été de monter tous les deux sur Arion mais je la sentais encore méfiante malgré la main qu'elle avait accepté de me tendre. Je ne voulais surtout pas tout risquer en précipitant les choses. Mais peut-être que si je jouais sur le tableau de la légèreté et de la complicité... Sa question tombait à pique ! Même si j'osais espérait que cette gueuse ne se permettrait pas de m'appeler par mon prénom. Allez, c'était pour la bonne cause !

« Accepterez-vous de partager ma monture si je vous le révèle ? » plaisantais-je avec un sourire taquin. « Vous pouvez m'appeler Alfons Haselrieder. Et voici Arion. » ajoutais-en rapprochant mon cheval gris. Asocial comme il l'était, mon compagnon ne put s'empêcher de souffler en direction de la sorcière. Quel crétin !

« Il est un peu grognon mais pas méchant, ne vous inquiétez pas. Puis-je maintenant vous proposer de rejoindre mon manoir à cheval pour éviter l'averse ? »

Comme pour m'appuyer, une première goutte tomba sur le pelage gris d'Arion. L'animal poussa un nouveau souffle de protestation et je décidai de prendre les choses en main. Ou plus exactement Eidel en main. Sans vraiment attendre son consentement, j'attrapais la jeune femme par la taille et la soulevai doucement pour l'aider à s’asseoir sur mon fidèle destrier. Je n’eus pas l'occasion d'observer si elle avait été surprise, troublée ou mécontente. Et pour cause, j'avais déjà trop à faire avec mes propres émotions. La sensation de ses hanches sous mes doigts semblait avoir réveillé ma mémoire sensorielle. J'éprouvais - littéralement - des souvenirs beaucoup trop réels de douceur, de bien-être et de volupté. Des souvenirs qui me donnaient brusquement envie de fuir la sorcière à toutes jambes plutôt que de monter derrière elle. Mais si je désirai me venger, il faudrait être fort et supporter ces quelques minutes de torture. Résigné, je glissais un pied dans l'étrier puis me glissai sur ma selle en efforçant de rester à distance d'Eidel. D'un claquement de langue, j'ordonnais à Arion de partir sous les gouttes de plus en plus nombreuses et de plus en plus violentes.

Le trajet fut heureusement rapide et mon palefrenier avait eu l'intelligence d'attendre mon retour à l'entrée. Je descendis de cheval puis aidais la brune en lui tendant simplement la main cette fois-ci.

« Par ici. » grommelais-je, encore perturbé. Nous traversâmes rapidement la cour principale avant de finalement pousser les portes du manoir. « Bienvenue chez moi. » déclamais-je en lui indiquant le chemin vers le petit salon.
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière   Dim 3 Déc - 12:01

Au détour de la rivière
Alfons & Eidel

Partager sa monture ? Eidel fronce légèrement ses sourcils avec perplexité. Si elle devait être parfaitement honnête, elle ne préfère pas, non. La jeune femme n’a jamais trop aimé les cheveux, à cause de sa petite taille, elle les trouve beaucoup trop grand, impressionnant et monter sur l’un d’entre eux ne lui est jamais venu à l’esprit. Et puis quoi encore ?! La bouche de la sorcière s’entrouvre pour refuser l’invitation sauf que ne lui laisse pas réellement le choix, Alfons, donc, lui attrape la taille pour la soulever et la déposer sur l’animal. Tout le corps d’Eidel est crispé, premièrement parce que c’est la première fois qu’elle se retrouve sur le dos d’un cheval et deuxièmement, aussi ignorante qu’elle soit des conventions sociales, la jeune femme n’est pas certaine que l’on puisse ainsi attraper quelqu’un de la sorte sans son consentement. Il va pleuvoir, pense-t-elle, il ne veut juste pas qu’ils se retrouvent dehors lorsque l’averse frappera mais tout de même… La sensation de malaise ne fait qu’augmenter, son estomac se fait de plus en plus noué et Eidel espère qu’elle se trompe au sujet de son sauveur, qu’il n’a aucune mauvaise intention à son sujet et qu’il n’est juste pas à l’aise avec les gens. Lorsque l’animal se met en route, l’apothicaire se crispe un peu plus, fermant très fort ses paupières afin de ne pas voir le paysage défiler trop vite à son goût. Comment diable des gens peuvent-ils apprécier ce moyen de transport ? C’est extrêmement inconfortable et les secousses très désagréables ! C’est bien la première et la dernière fois qu’elle monte sur un cheval. Plus jamais. Ce qu’elle peut préférer marcher sous la pluie ! Cela ne l’a jamais dérangée, de se retrouver dehors sous une averse, elle trouve l’odeur de la terre mouillée qui règne après la pluie agréable mais les gens ne semblent pas savoir apprécier des choses aussi simples.

Lorsqu’enfin les secousses cessent, Eidel rouvre ses paupières. Un autre homme se trouve là, apparemment il semble vouloir s’occuper du destrier. Oh qu’il l’éloigne vite d’Eidel ! Maladroitement, la sorcière descend du dos du cheval et évite de justesse de tomber. D’un côté, c’est bien imprudent de la laisser faire toute seule alors qu’elle est si ridiculement petite et clairement pas instruite sur la façon de monter de tels animaux. Alfons est le premier à s’élancer dans la cour tandis que la brunette traine un peu, observe la façade du bâtiment et tout ce qui l’entoure. Cela a l’air… Tellement immense ! Un ouragan pourrait passer, le manoir ne bougerait probablement pas d’un iota. Elle accélère le rythme, se dépêche de rejoindre le noble alors que ce dernier ouvre les lourdes portes du manoir et s’engouffre à l’intérieur. Après une brève hésitation, Eidel entre à son tour. Sa première impression ? L’endroit ne lui plait pas, pas vraiment. C’est froid, sans vie et peu chaleureux. Oh oui c’est grand, probablement pourrait-on faire entrer sa petite maisonnette de très nombreuses fois ne serait-ce que dans l’entrée mais la grandeur n’est pas garante de tout. Il manque cruellement de vie à cette demeure, de celle qui donne envie de rester. Sûrement n’a-t-il pas de famille, ou alors c’en est une bien triste. Eidel tourne la tête vers Alfons, se rend compte qu’elle n’a toujours pas bougé depuis qu’elle est entrée et elle baisse les yeux avant de se diriger dans la direction indiquée.

La voilà dans ce qui est vraisemblablement un petit salon mais qui est indéniablement au moins aussi grand que l’unique pièce composant le rez-de-chaussée de sa maison. Ce n’est pas vraiment ce qui frappe Eidel du premier regard mais les étagères remplies de livres. Partout. Tellement de livres, plus qu’elle ne pourrait en rêver et pourtant, la chaumière de l’apothicaire croule sous les ouvrages. L’espace d’un instant, l’angoisse de la sorcière s’envole ; ses yeux s’écarquillent et ses lèvres s’entrouvrent sous un « oh » muet. Rien d’autre ne l’intéresse que les livres dont elle s’approche en gardant néanmoins une certaine distance. Certains semblent si précieux qu’elle ne peut se permettre d’effleurer, ils ne lui appartiennent pas et Lena lui a bien appris qu’on ne devait pas toucher les affaires des autres sans y être invité. Elle se souvient de cette leçon. Les yeux bruns de la jeune femme survolent les titres inscrits sur certaines tranches, elle note la variété de langues et cela ne la rend que plus curieuse. La brune a beau avoir grandi et vivre au fin fond de la forêt, elle n’en reste pas moins instruite puisque c’était la priorité de sa mère : les études et l’apprentissage de la magie.

« Avez-vous lu tous ces livres ? Demande Eidel en se tournant vers Alfons. Vous en avez tellement ! J’adore lire mais jamais je ne pourrais me vanter d’avoir une telle collection d’ouvrages. »

Le regard de la jeune femme observe un peu plus en détail la pièce dans laquelle elle se trouve. Comme le restant de la maison, c’est un peu froid et très austère. Elle se demande comme on peut vivre dans un tel endroit mais l’homme ne semble pas des plus chaleureux alors finalement, sa demeure est à son image. Les maisons reflètent bien souvent leurs propriétaires et c’en est parfois flagrant.

« Vivez-vous seul dans cette maison ? C’est tellement grand… Cela ne vous semble pas vide ? »

Il a très certainement des domestiques mais ce n’est pas la même chose qu’une maison remplie par une famille, des enfants bruyants et qui courent partout. Quoi que vu l’endroit, Eidel se doute qu’un enfant puisse avoir le droit de rire bruyamment ou de sauter les dernières marches des escaliers. Elle est bien heureuse, de ne pas avoir grandi dans un tel endroit mais plutôt dans la petite maison perdue dans la forêt, là où elle avait le droit de faire tout ce que son coeur voulait. Sa vie et celle d’Alfons sont bien différentes, pour rien au monde elle ne voudrait les échanger… Pas même pour tous les livres du Royaume et des autres.

« Vous savez, cela n’a rien d’étonnant à ce que ma mère n’ai jamais parlé de vous. Elle n’a jamais rien voulu me dire sur sa vie avant ma naissance ; j’ai bien essayé de lui poser des questions mais si vous la connaissiez bien, vous savez qu’elle sait aisément détourner le sujet de la conversation lorsque celui-ci ne lui convient pas. Soupire-t-elle tout en croisant ses bras contre sa poitrine. Le peu que je sais, je le tiens de mon oncle, son demi-frère. »

Jamais Liebe n’évoquait son passé. Si plus jeune, Eidel ne s’en formalisait pas plus que cela, en grandissant, des questions ont commencé à germer dans son esprit, questions restées sans réponses, malheureusement.

« Comment avez-vous rencontré maman ? »

La curiosité est trop vive pour que la jeune femme se retienne plus longtemps de pose cette question. Elle veut savoir.
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